Cinéma - débat : RÊVES D’OR

mardi 1er octobre 2013
par  Universite Populaire Toulouse
popularité : 8%

AVANT-PREMIÈRE jeudi 17 octobre à 20h30 à UTOPIA Tournefeuille suivie d’un débat autour du film animé par la CIMADE et France Amérique Latine, organisé avec l’Université Populaire de Toulouse (achetez vos places à partir du 5 octobre).

RÊVES D’OR

(LA JAULA DE ORO) Diego QUEMADA-DIEZ - Mexique 2013 1h42mn VOSTF - avec Brandon López, Rodolfo Domínguez, Karen Martínez, Carlos Chajón...

RÊVES D’ORÀ quoi rêvent les nuages ? Ici on ne se le demande pas. Là-bas au Mexique, chez les indiens du Chiapas, c’est une question qu’on pose aux enfants, les incitant ainsi à cogiter, à cultiver leur imagination, pour qu’ils comprennent qu’on ne maîtrisera jamais la plus grande partie des mystères de la vie. Chauk a dû essayer d’y répondre quand il était petit. Peut-être s’y essaie-t-il encore, du haut de ses seize ans. Mais comment le savoir alors qu’il ne parle pas l’espagnol et qu’on ne parle pas couramment le tzotzil ? On peut juste deviner que dans sa langue maternelle on ne se contente pas d’un bref salut mais qu’on demande à celui qu’on croise comment va son cœur.
Il est des pays où les ados ne rêvent pas du dernier gadget à la mode. La mode n’est d’ailleurs peut-être même pas arrivée jusque-là, elle est restée coincée quelque part chez les riches. Quand on est issu d’un quartier pauvre du Guatemala, on est programmé pour tout autre chose. Partir… Partir, comme un rite initiatique, un passage obligé. Partir sans se retourner : à quoi bon ? Que laisse-t-on derrière soi ? Sans doute pas grand chose, rien qui vaille la peine d’être regretté, pleuré, ni même évoqué. Un avenir miséreux, des jobs minables pour essayer de ne pas crever la dalle ? Une famille ? Il n’en est jamais fait état, comme si elle n’existait déjà plus ou pas.

Les premières images vous plongent dans le bain. La caméra suit une adolescente dans les toilettes pour dames d’une favela. Elle s’y coupe les cheveux, se bande les seins pour essayer de cacher sa féminité, se rive une casquette sur la tête et le tour est joué. Premiers plans sur Sara que voilà transformée en garçon, rebaptisée Osvaldo. Mais ce n’est pas une mascarade, c’est au contraire une entreprise bien sérieuse, indispensable : prendre la route en tant que fille est plus risqué. Osvaldo, Juan, au regard frondeur, Samuel, le plus juvénile des trois dont le corps semble hésiter encore à choisir son camp : gringalet comme un mioche, mais avec un duvet si fourni qu’il laisse présager une future moustache d’homme viril… Voilà notre trio en partance vers des États-Unis fantasmés, cousus de fil d’or, celui de leurs rêves, avec pour tous bagages l’assurance tranquille de ceux qui n’ont rien à perdre, leur solidarité et une paire de pompes.
La route est longue, c’est tout le Mexique qu’il faut traverser. Ils ont beau avoir déjà vécu nombre de galères, ils sont touchants quand ils partent à l’assaut d’un train, essayant d’imiter les adultes, et qu’ils ratent leur montée des marches. Ils se grognent dessus pour cacher leurs hésitations, la pétoche qu’ils ont au fond d’eux-même. Quand il croisent Chauk, isolé de tous à cause de sa fameuse langue tzotzil, une rivalité se crée instantanément entre les garçons. Sauf avec Osvaldo qui se prend de pitié pour cet être qui lui semble si seul, qui les suit comme un chien errant se choisit un jour un maître. Ensemble ils vont rejoindre le flot des migrants que policiers et gangsters suivent comme les carnassiers talonnent les ruminants migrateurs…

C’est un magnifique road movie, touchant et grave. Le Guatemala est un pays luxuriant, la vie pourrait y être si belle… sans ces frontières artificielles, invention récente dans l’histoire de l’humanité qui rend certains humains clandestins sur leur propre terre. Cela renvoie à une analyse plus large de ce qui se passe autour de nous, de la paupérisation qui guette plus rapidement ceux qui sont au bout de la chaîne. Un film vivant, authentique, galvanisant, qu’on devrait montrer à toutes les têtes blondes, brunes ou rousses de nos sociétés riches et capricieuses pour leur donner envie de lutter. Diego Quemada-Dieze est indéniablement un réalisateur qu’il faudra suivre de près, il signe un premier film réalisé de main de maître.