Si nombre de leurs contemporains ont été influencés par les thèses de Malthus, cela n’a été le cas ni d’Engels ni de Marx. Malthus a au contraire constitué une de leurs bêtes noires : tout au long de leur trajet théorique et politique, ils n’ont cessé de polémiquer contre lui, en multipliant à son encontre les attaques les plus rudes. Engels a ouvert le bal dès ses premières publications, l’Esquisse d’une critique de l’économie politique (1844) et La situation de la classe ouvrière en Angleterre (1845) en qualifiant les thèses de Malthus d’« infâme et vile doctrine », de « blasphème abominable contre l’homme et la nature », « l’immoralité des économistes [y] atteint son paroxysme », « la déclaration de guerre la plus brutale que la bourgeoisie ait lancée contre le prolétariat » (Marx et Engels, 1978 : 61, 65). Et Marx ne sera pas en reste par la suite. Dans ses Théories sur la plus-value, tout en dénonçant « sa sottise, empruntée à des auteurs antérieurs, sur la progression géométrique et arithmétique, [qui] n’est qu’une pure absurdité, une hypothèse parfaitement chimérique », il dénonce en Malthus un « plagiarus de profession »[7] et « un sycophante professionnel de l’aristocratie foncière dont il a justifié, sur le plan économique, les rentes, les sinécures, le gaspillage, la sécheresse de cœur, etc. » :
Alain Bihr 4 avril 2024 Alencontre